Se loger à Conakry : le prix à payer…

De façon générale, la vie à Conakry est plus aisée que celle que l’on peut avoir à l’intérieur du pays. Cela s’explique par le manque criard d’infrastructures de base en région. Cependant, derrière ce jugement se cache une dure réalité : se loger dans la capitale guinéenne est un véritable casse-tête chinois.

Par le biais d’un ami voulant changer de domicile, j’ai découvert les difficultés auxquelles les locataires sont confrontés lorsqu’ils recherchent une nouvelle habitation.

Mon pote est opérateur–conducteur de tracteur dans une entreprise de grands travaux de la place. Depuis quelques mois, son employeur n’a pas décroché de contrat majeur. Ainsi, la plupart des employés sont au chômage partiel. C’est dans cette conjoncture économique précaire que « le propriétaire » de la maison où il loge lui annonce que la concession a un nouveau maître : elle a été vendue. Mon ami a juste 8 semaines pour plier bagages.

Ses témoignages et l’enquête que j’ai menée ensuite m’ont permis de comprendre comment on trouve un appartement à louer dans notre chère capitale. Et dans ce billet, je vous propose le résultat de mes recherches.

En Guinée, sortir de la pauvreté passe incontestablement par la construction de sa propre maison. D’où la célébrité de Conakry, une ville construite – exception faite de quelques bâtiments administratifs – par des particuliers. Jusqu’à ce jour, elle ne dispose pas de logements sociaux, et malheureusement, ce secteur est complètement délaissé.

Quand on est à la recherche d’un logis, qui doit-on contacter en premier ?

Les conséquences du chômage grandissant sont certainement passées par là. Ces dernières années, on a vu apparaître les « démarcheurs ».

À l’instar des coxeurs dans les transports en commun, ici, ce sont les « démarcheurs » qui effectuent les courses nécessaires et mettent en contact les propriétaires de maisons avec les potentiels locataires. Si la transaction réussit, ils perçoivent, au moment de la signature de l’accord, l’équivalent des frais d’un mois de loyer.

Par exemple, le propriétaire de la pièce X informe monsieur K que, pour s’installer dans ladite pièce, il doit payer trois mois d’avance. Alors, pour éviter la fureur du démarcheur, monsieur K devra s’acquitter de la somme équivalente à 3 mois + 1. De toute façon, le rabatteur aura déjà gagné un peu d’argent avant même qu’il y ait accord entre les deux parties, étant donné que, sans rémunération allant de 5 000 à 20 000 francs guinéens, la chance de le voir collaborer dans la recherche d’un appartement inoccupé s’évanouit.

Toutefois, il y a parmi eux des spécialistes de la duperie.
« Même quand vous dites que vous êtes en quête d’une chambre dont la salle de bain se trouverait au plafond, il y aura un démarcheur qui vous répondra qu’il en connaît une, au moins », dit-on.

À combien s’élève le coût de la location ?

Les frais de location dépendent de plusieurs facteurs. L’emplacement et le type de logement sont généralement les principaux éléments qui créent la différence.

Une chambre – à Conakry, cette appellation désigne une pièce simple, sans douche interne ni salon – se négocie entre 100 000 et 250 000 GNF, selon le lieu. Plus on se rapproche du centre-ville, plus le prix augmente.

Un appartement – deux chambres avec douche interne chacune, un salon et une salle à manger – se négocie entre 500 000 et plus de 2 000 000 GNF. Mais ici, avec un SMIC qui tourne autour de 450 000 GNF, on peut imaginer combien peuvent s’offrir un tel privilège.

La rupture abusive de contrat peut survenir à tout moment (ou presque)

Ailleurs, on poursuivrait le propriétaire pour « non-respect des engagements pris ». Mais ici, la loi du plus fort a encore de beaux jours devant elle.
En effet, pour la majorité des propriétaires, les locataires n’ont que des devoirs. Ainsi, le moindre problème peut suffire à les mettre dehors.

Normalement, en cas d’incapacité du propriétaire à respecter les termes du contrat qui le lie au locataire, ce dernier devrait bénéficier de trois mois d’hébergement gratuit, le temps de préparer son déménagement. Si certains respectent cette règle, ceux qui ne le font pas sont très nombreux.

« Je ne loge pas de célibataires »

Dans mon enquête, je me suis rendu compte que les célibataires ne souffrent pas seulement de solitude ou de fraîcheur la nuit au lit. Certains propriétaires ne voient pas d’un bon œil les locataires célibataires.

« Es-tu marié ? » est une question à laquelle on doit sans cesse répondre.
En effet, dans la religion musulmane, il est interdit d’avoir des relations amoureuses avec une femme dont on n’a pas payé la dot. Les anti-célibats s’appuient sur cet interdit religieux pour n’accepter que des mariés, souvent perçus comme plus sages.

Cependant, la vérité ne se trouve pas forcément de leur côté, car les uns et les autres se croisent dans les quartiers et se connaissent.

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11 Commentaires

  1. Réalité haïtienne, mais à la seule différence, la question du statut matrimonial importe peu. Ce récit me rappelle étrangement mes premiers mois à Port-au-Prince. Pour me trouver une habitation, j’aurais dû inévitablement me tourner vers ces rabatteurs appelés couramment ici « courtiers ».

    • Personnellement, je suis contre cette discrimination dont sont victimes les célibataires car la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. En plus, il y a des hommes mariés qui sont plus dangereux que les célibats.
      Jérôme, les « courtiers » ont été à la hauteur, j’espère.

      • Poser des problèmes aux jeunes célibataires a été inventé par les propriétaires depuis qu’on a commencé à louer des propriétés à des jeunes, c-à-d depuis tjrs. A Belgrade, à Florence et à Rome, dans les années ’60, je me suis heurté aux mêmes obstacles à ce sujet.

        Mon jeune frère a eu lui aussi les mêmes problèmes à Dakar, tjrs dans les années ’60, lorsqu’il y était étudiant dans une école régionale de journalisme. Une fois, lorsqu’un propriétaire, qui était marié à 4 femmes, a voulu lui poser des prob, il lui a demandé s’il allait lui passer une de celles-ci, pour ne pas aller chercher des filles. Risée générale de tous les présents!

  2. Belle analyse, triste réalité! Je voudrais ajouter qu’à Conakry, il ne suffit pas d’avoir une salle de bain pour pouvoir avoir de l’eau pour faire le bain, tant cette denrée est rare dans notre capitale. Ce qui fait que lorsque le propriétaire peut assurer l’approvisionnement en eau, il est en droit de demander un loyer encore plus élevé, même si l’eau vient d’un puits, donc ne peut servir que pour un usage limité. Si vous avez un générateur ou encore une installation solaire pour fournir l’électricité, occasionnellement, le loyer ne sera accessible qu’aux expatriés, dont le revenu n’a aucune commune mesure avec celui des guinéens.

    Enfin, je me demande depuis quand le SMIC existe en Guinée. Connaissez-vous un smicard qui perçoit 450 000 Francs guinéens? Il y a des universitaires qui travaillent sans salaire dans des entreprises qui leur sont complètement étrangères ou bien d’autres qui gagnent moins que le prix du transport pour aller au travail. Dans les entreprises minières, il y a des ingénieurs qui gagnent autour de 400 000 Francs.

    • Exactement Mr Bah, la question de salle de bain a très peu d’importance ici à cause des réalités que vous venez d’énumérer. Aucun des prix annoncés dans le billet n’inclut les frais d’eau et électricité, s’il y en a dans le quartier. Généralement, ceux-ci sont à la charge du locataire.

      Pour ce qui est du SMIC, c’est quelque chose de récent. Cependant, il faut savoir qu’en Guinée, ce qui est sur papier et la réalité sur le terrain sont deux choses diagonalement opposées. Dans les entreprises de gardiennage, la plupart des travailleurs ne gagnent pas 200 000F par mois.

    • Oui guinéen, lors de mon séjour dans la cité Karamoko Alpha j’ai compris que les deux plus grandes villes de Guinée ne sont pas les mêmes. Cela est certainement dû à deux raisons principales: la démographie et les batiments inoccupés. Pendant que la population de Labé n’atteint pas 200 000 habitants, Conakry compte plus de trois millions. Mais aussi, si tous les immeubles visibles à Conakry étaient habités on allait pas avoir des difficultés pour trouver une maison pour location.

  3. Tu sais Thierno, à force de lire tes billets, j’ai l’impression que Conakry et Douala ne sont qu’une et une seule ville. Tout est similaire! Au Cameroun comme en ” Guinée, sortir de la pauvreté passe incontestablement par réussir à construire sa propre maison”. C’est si vrai chez moi. Et cette foi, c’est encore la faute de nos gouvernements sans mentir! Déplorable. Ton combat Thierno, me montre combien le mien sera pénible si jamais je m’y lance. Tu vois, tu décris le chez toi, ton expérience, et une fidèle lectrice comme moi, s’y identifie. Belle analyse!

    • Merci Josiane pour cette nouvelle visite. Je crois que c’est au Roi Biya et Président Condé de nous montrer que Douala et Conakry peuvent se ressembler sans que cela ne soit une fatalité pour les populations. C’est vraiment dommage pour le peuple qui n’a que ses yeux pour pleurer.

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