Le réseau routier guinéen est dans un état piteux

En pensant aux multiples problèmes que la Guinée connait actuellement, notre esprit se plante souvent sur la double interprétation de la loi sur les manifestations publiques, la recomposition paritaire  de la CENI (commission électorale nationale indépendante), la cherté de la vie, les coupures intempestives de l’électricité… j’en passe. Pourtant, les principales routes du pays sont dans un état piteux. Chaque jour qui passe, la dégradation avancée des routes ne fait que s’empirer, plongeant davantage les usagers dans un calvaire. De Conakry à l’intérieur du pays, le constat est le même et est critique : elle  est à son comble. Les images qui reviennent en cours de route sont entre autre des chauffeurs faisant descendre leurs passagers du véhicule lors de la traversée des zones à risque pour  les reprendre quelques mètres plus loin, des  véhicules en panne  causant d’interminables embouteillages ainsi que des déviations sauvages, des ponts dont la plupart sont hérités de l’époque coloniale emportés par la crue en cette saison pluvieuse, des terribles accidents de circulation.  Ici, la route est l’une des principales causes de mortalité, des milliers de personnes y perdent la vie chaque année.

Crédit photo: conakryinfos.com

 

La direction nationale d’entretien routier est  l’organe chargé de veiller à ce que les routes soient en bon état, mais très malheureusement aujourd’hui, il suffit de faire un tour dans la capitale pour constater avec amertume que ce celui-ci, mis sur pied par le ministère des travaux publics, est loin d’être capable d’en assumer ses responsabilité.

Interrogés par des medias locaux, les responsables de la DNER (direction nationale d’entretien routier) avancent principalement deux arguments pour justifier cette détérioration rapide :

1- La charge des gros-porteurs qui va  au-delà de la limite définie.

2-Les fortes pluies qui s’abattent sur la Guinée (six mois en moyenne par an).

Si le premier peut arriver à convaincre les citoyens du fait que le contrôle de bagages n’existe presque pas et les chauffeurs de poids lourds chargent tant qu’ils continuent à apercevoir un espace vide, par contre le second ne passe pas du tout pour la simple raison que certaines routes construites depuis des décennies sont moins dégradées que celles récemment. Un constat qui ouvre le débat sur l’attribution des marchés publics dans le pays du « non au général De Gaulle » afin de combattre la corruption qui gangrène, depuis plus d’un demi-siècle, l’administration guinéenne. C’est elle qui est à l’origine de tous les maux que souffrent mes concitoyens. Dans le dernier classement de Transparency International  daté de septembre 2012, la Guinée fut classée pays le plus corrompu d’Afrique de l’ouest . Une réalité qui fait froid au dos mais qui, tout de même, ne  surprend pas. Les administrations publiques comme les administrations privées, elles sont pourries par le « prix de cola ».

En 54 ans d’indépendance, impossible de bâtir 50 KM d’autoroute. En associant  les deux principales routes (le prince et l’autoroute Fidel Castro) de Conakry, ça nous donnera au total une trentaine de KM. Ce qui prouve que les différents responsables qui se sont succédés à la tête du pays depuis les premières heures de la souveraineté nationale jusqu’à ce jour n’ont jamais œuvré dans le bon sens pour démentir ceux qui avaient parié sur l’échec que la Guinée allait connaitre suite à la décision unilatérale  qu’elle avait prise lors du referendum du 28 septembre 1958 lui ouvrant la porte à l’indépendance. Sans hypocrisie même si cela ne les dit rien dans leur quotidien, le lourd fardeau de responsabilité les revient. C’est très dommage car les automobilistes continuent à remplir les caisses du fond d’entretien routier pendant que rien ne bouge.

Une chose est claire, si dans certains pays du monde, c’est possible d’en trouver la durée du parcourt d’une ville à une autre chez nous, c’est difficile voire impossible puisque à certains endroits, pour parcourir 100 KM, il faut 5 heures soit 20 KM /h. C’est le cas notamment de l’axe Guéckédou-N’Zérékoré où les usagers ont des peines à circuler contribuant fortement à l’enclavement de la région du sud qui est un véritable poumon économique (elle fournie la plupart des produits agricoles) de la Guinée ainsi que pour toute la sous région ouest-africaine.

Y compris au niveau des axes considérés comme étant en bon état, on peut apercevoir des trous qui sont fatales aux pneus que les chauffeurs se forcent à éviter.

Cette situation ne fait pas que des malheureux, en effet, des escrocs déguisés en des lutteurs contre les trous à ciel ouvert prospèrent leur business qui consiste à fermer, durant toute la journée, les différents trous qu’ils repèrent en leur niveau. Lors de cette tâche, des passants leur offrent quelques billets de banque en guise de récompense pour la bonne initiative. Ce n’est qu’une stratégie trompeuse puisque ces gens reviennent dès que le soleil se couche pour enlever tout ce qu’ils ont fait tout au long de la journée. Les trous restent là des mois parfois même des années. Le chômage de jeunes a sa part de responsabilité dans cette escroquerie; il n’y a aucun chiffre officiel disponible sur le chômage en Guinée, mais une chose est sûre,  il est significatif.

Ce qui est écœurant dans cette affaire, c’est de fait que les autorités ne veulent que des critiques soient émises à l’encontre de leur gestion comme illustre la montée au créneau du journaliste Fodé Tass Sylla, un de doyens des journalistes guinéens, pour fustiger, selon lui, le blocage par la RTG (radiodiffusion télévision guinéenne) de Kolama d’un de ses éléments de reportage qui parlait justement de cette dégradation routière à Conakry. Interrogée par une radio privée de la place, la rédaction de RTG Koloma affirme que l’ordre est venu  de la présidence sans, pour autant, donner plus de détails. Tout ce qu’on sait, en Guinée lorsque les dirigeants se sentent menacés, ils font recours à : « l’ordre vient de la présidence de la république »  et comme ça personne n’en parle. C’est silence radio similaire à un cimetière de muets. Si les défis à relever sont cachés au grand public, comment pourrons-nous développer notre chère patrie ? En tout cas, jusqu’à preuve du contraire, je reste sceptique à cette possibilité.

Depuis près de 2 ans, les questions de développement sont disparues des sujets à discussions laissant la place aux politiques-politiciennes. Cependant, avec l’atteinte du point d’achèvement du PPTE (pays pauvre très endetté) et la conviction d’une confiance retrouvée, j’espère que la Guinée pourra enfin connaitre le décollage  économique qui ferra  sortir ses citoyens du gouffre dans lequel ils sont plongés depuis cinq bonnes décennies.

Que Dieu bénisse le peuple de Guinée !  

Thierno Diallo (cireass)

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