
Messieurs les responsables de l’insupportable Electricité de Guinée (EDG ), avant d’entamer la lecture de ce billet, je vous prie de comprendre que je ne suis pas en train de vous écrire une Lettre ; et en aucun cas je prendrai mon temps pour le faire. En Mai dernier, au plus fort du bras de fer entre le pouvoir et l’opposition sur l’organisation des élections législatives, j’avais pris la démarche de faire parvenir à Monsieur le Président de la République de mes préoccupations, en lui écrivant une Lettre. Mais très malheureusement, une semaine après la publication de la dite lettre, je me suis rendu compte que le bilan humain a grimpé de 31 à plus de 50 morts. Depuis lors, j’hésite à écrire une lettre à un cadre guinéen. En fait, en prenant une démarche similaire, je crains de vous voir arracher les pilons qui servent au transport de l’électricité du barrage de Garrafiri à Conakry.
En écoutant récemment la radio, j’ai appris que depuis 2011 l’Etat a injecté plusieurs millions de dollars US dans vos caisses pour combattre les coupures. (Pardon, pour acheter l’obscurité actuelle). En fonction de ce que je sais, les caisses de l’État sont remplies grâce aux contributions de citoyens. Donc ce sont tous les guinéens dont je fais parti qui y prennent part, directement ou indirectement. —Même les nourrissons—. Dès lors, j’ai le Droit et le Devoir de vous demander des comptes sur la gestion de nos biens…
Jusqu’au premier semestre de l’an 2012, mon quartier fut parmi ceux de Conakry où l’on ne criait pas Wéé Té Fa (youpi, la lumière est venue) —je ne vous dirai pas son nom exactement ; si c’est vrai il y a eu des améliorations dans la desserte de l’électricité ces temps-ci alors vous connaissez de quel quartier je parle…ça ne va pas ici—. Tout ce qui reste de cette belle époque, ce sont les souvenirs. En ce moment, un geste de 30 minutes en 3 jours chrono est synonyme de fête. C’est pourquoi depuis plus de cinq mois je n’ai pas renouvelé l’abonnement pour ma télévision —mon fournisseur d’images est témoin— non pas parce que je ne trouve plus les 65 000 GNF me permettant de débloquer les 43 chaînes ; non pas aussi parce que je n’aime plus regarder la télé. Je ne l’ai pas fait car vous m’avez empêché. Oui Messieurs, votre service actuel ne me permet pas de me divertir grâce à la télévision. En début de l’année, nous étions dans le « tour-tour ». Chaque nuit, on voyait la lumière vers 1H du matin. Et moi, je ne peux pas me réveiller à cette heure pour, à la fois, rédiger des billets de blog, apprendre mes leçons, traiter mes devoirs…et regarder la télévision.
Les changements enregistrés chez Electricité de Guinée ne sont pas négligeables
Il y a eu des changements que, dans mon quartier comme d’ailleurs toute la ville de Conakry, personne ne peut infirmer. En l’espace de quelques mois, le surnom de mon quartier a évolué de ‘’Manhattan’’ à celui de ‘’la tombe de satan’’. Maintenant, l’obscurité est au quotidien. Wallahi, on a senti des changements profonds !
Malgré cette triste réalité je continue de payer mes « factures d’électricité »
Messieurs, la dernière fois que je me suis rendu dans l’une de vos agences remonte au mois de juillet. Ce jour-là, j’ai laissé là-bas 185 500 GNF, en guise des 185 235 GNF mentionnés sur le dos de ma facture de « consommation » pour la période Avril – Juin. Mais en toute franchise, dites-moi combien d’émeutes de l’électricité ont éclaté durant cette période ? Croyez-vous que je ne connais pas la valeur de l’argent ? Non, je ne suis pas dupe hein.
Saviez-vous que ces 185 500 GNF m’auraient servi autrement ? Oui, c’était à quelques jours de la fin du Ramadan ; et si je les avais donnés à une gazelle pour qu’elle achète une robe pour la fête, j’aurai bénéficié de plusieurs mois de reconnaissance de sa part. Et vous, qu’allez-vous faire pour moi ? Bon, je n’ai pas besoin de votre reconnaissance hein !
J’ai continué aveuglement à régler les factures, pensant que ce serait la solution pour en finir avec l’obscurité. En vain. Je profite de cette occasion pour vous annoncer que si Dieu décide le jour du jugement dernier de mes les restituer, je chercherai une troisième main pour ne rien laisser. À présent, je réfléchis sur la poursuite ou non de ces faux sacrifices.
Je n’utiliserai plus un groupe électrogène pour combler le manque d’électricité
J’avais l’habitude parfois d’emprunter un groupe électrogène chez un voisin pour charger mes appareils mais depuis les récentes protestations et surtout l’interview de Mr Laye Kouyaté —responsable de la communication à EDG— sur la Voix de l’Amérique, où il demandait à leur « aimable clientèle » de s’armer de patience jusqu’en 2017, date à laquelle selon lui les guinéens auront définitivement tourné la sombre page de délestages, j’ai compris qu’il est temps de comprendre la réalité du secteur de l’énergie de Guinée.
Chers lecteurs, prenez vos supports et dites l’an 2017 c’est dans combien de jours. Ensuite, tapez vos calculettes en raison de 2 litres en moyenne chaque soir —le litre de pétrole est vendu actuellement à 9 500 GNF à la pompe— vous verrez ce que j’ai vu.
Je suis convaincu qu’en renonçant à cette option, si je dépose l’argent qui aurait servi à son financement dans un compte d’épargne au nom de mon premier enfant, ce dernier serait millionnaire en Francs guinéens avant même sa naissance.
Tous les problèmes, ce n’est pas vous qui êtes à l’origine mais plutôt la nature !
J’adore écouter vos communiqués relatifs aux « prochaines coupures » dans telle ou telle zone, qui passent en longueur de journée sur les Radios Privées. Vous savez pourquoi ? Eh bien, c’est parce que vous ne manquerez aucune occasion pour pointer un doigt accusateur sur la nature. Et, c’est en dépit de notre château d’eau et de notre scandale géologique. Tantôt, c’est le niveau de l’eau qui a baissé ; tantôt, ce sont les intempéries qui ont causé la chute des câbles…. A vous entendre, on a l’impression que la nature s’oppose à ce que nos ampoules brillent.
Le contrat de la dernière chance…
Le 3 Aout dernier, le gouvernement vous a une énième fois assisté financièrement, en signant un contrat de location de groupes électrogènes d’une capacité de 50 Méga Watt, dit-on, avec une entreprise britannique. Coût de la location : onze millions de dollars US pour une durée de six mois, à compter du 31 Aout prochain.
Pourrons-nous enfin retenir notre souffle ? Que deviendront nos appareils lorsque le contrat aura touché à sa fin quand on sait que cela coincidera à la saison sèche, qui a l’habitude de tarir nos fleuves ?
Par cireass
Bien dit !
Sacré coup de gueule!!! Disons plutôt “je vous ai écouté, je vous ai entendu et je vous réponds”
graveeeeeeeeeeee ton cri de coeur;
espérons que ce ne soit pas en 2017 que cette histoire d’électricité aille pour le mieux mais que cela soit pour bientôt!!!!
On l’espère tous, grande soeur Nora. Bien qu’il y ait de quoi à s’inquiéter !
Tu sais Thierno, je vois que l’Afrique se ressemble. Je comprends surtout pourquoi le problème d’électricité est le même, à Douala et chez toi! J’espère que cette lettre doit bien parvenir à ces dirigeants. Qu’ils comprennent bien ceci: ” J’adore écouter vos communiqués relatifs aux « prochaines coupures » dans telle ou telle zone, qui passent en longueur de journée sur les Radios Privées. Vous savez pourquoi ? Eh bien, c’est parce que vous ne manquerez aucune occasion pour pointer un doigt accusateur sur la nature.
Évidemment Josianne, nos pays se ressemblent. Mais malheureusement, cette ressemblance n’arrange pas les citoyens ;(
Électricité de Guinée, c’est la honte nationale
magnifique
En France on tire la tronche parce que notre énergie n’est pas à 100% renouvelable (loin de la : http://fournisseur-energie.com/ ). Mais en Afrique c’est l’absence d’électricité le vrai problème. Quelle fracture sociale